Voici deux textes qui illustrent ou répondent à la véritable conspiration qui souhaiterait voir la France entrer dans une ère d'abstinence totale de tous les plaisirs de la vie, le vin s'inscrivant comme l'un des plus civilisés et porteur de sens et raffinement. Un nouveau texte qui ne se trouve pas en ligne a été fort justement rédigé par B BURTSCHY das la RVF de Février. Trouvez le et lisez le.

L'espagne et d'autres pays Européens ont mis en place une véritable politique de protection et de défense de leur patrimoine viticole et gastronomique, et, paradoxe suprême, la France quant à elle a entrepris une véritable démolition organisée par de vrais lobbies de siècles d'acquis culturels gastronomiques et viniques. Face à cela, l'atomisation de notre profession, la multiplicité des individualités ou syndicats censées nous représenter, le déficit de cohérence de discours et de personnalités pouvant porter un message se traduit par une réplique insuffisante.

Il faut entrer en résistance, et face à ces chantres du principe de précaution castrateurs, écouter, s'informer et faire partager son goût pour le vin sont les armes qui nous restent, à user sans modération!

Brève du Vigneron d’Alsace(s) N°62 (Hiver 2005)

Merci, Monsieur Evin Bouc émissaire traditionnel des milieux viticoles, Claude Evin, ancien ministre de la Santé et auteur d’une loi célèbre réglementant notamment la publicité sur les boissons alcoolisées peut être heureux. Sa loi porte ses fruits. En effet, la consommation des vins chute en France. Et dans le même temps, l’absorption des boissons fortement alcoolisées grimpe en flèche ! Dans le magazine Points de vente (n° 963, 19/09/2005), on apprend que « rien n’arrête le whisky ». En GMS (grandes et moyennes surfaces), ce breuvage a gagné en 2004, 1,6 million de litres et 7 millions d’€. Dans le même temps, les autres alcools forts (cognac, alcools blancs, vodka, tequila, etc.) voient également leurs ventes grimper en flèche. Lorsque tous les vignerons de France seront devenus fournisseurs d’orge, de céréales diverses, de fruits en tout genre voire de pommes de terre ou de cailloux à des distillateurs industriels dépendant de multinationales, nul doute que la santé publique aura fait de grands pas en avant. Merci donc à vous, M. Evin, d’avoir « pondu » une loi aussi pénalisante pour les vins et aussi favorables aux alcools forts industriels. Et merci à ceux qui vous soutiennent sans recul ni discernement, ainsi qu’aux pouvoirs publics – et aux principaux medias – d’assimiler systématiquement alcoolisme et vins. Comme nous le savons tous, cette terrible maladie n’a aucun rapport avec les boissons fortes, qui continuent de bénéficier d’une bienveillance de fait des autorités, quand les vignerons passent pour des dealers de substances maléfiques et sont désignés comme tels par les hygiénistes. G’sundheit! (À votre santé, en dialecte alsacien).

LE POINT du 12 décembre Patrick Besson

L'abstinence à laquelle Hervé veut nous réduire est indispensable à sa survie, mais pas à la nôtre" note Patrick BESSON dans un texte, ironique et cruel, mais imprégné de bon sens et d'amitié...

"Tout le monde critique Hervé Chabalier. Mais moi je le comprends. Je comprends les gens que tout le monde critique, car moi aussi tout le monde me critique. L’une des meilleures choses sur terre est le vin et Hervé n’a plus le droit d’en boire. Ce serait supportable pour lui si personne n’en buvait. Mais ce n’est pas le cas. Du coup, la vie d’Hervé est un enfer. Pour lui, une seule solution : nous empêcher de consommer du vin, afin que le fondateur de l’agence Capa et auteur de « le dernier pour la route, chronique d’un divorce avec l’alcool » (Laffont) ne nous voie plus en train de nous régaler alors que lui même se prive. Il a donc entrepris de mettre les Français à l’eau, comme lui. Dans ce but, il a rédigé un rapport qu’il a remis le jeudi 24 novembre au ministre de la Santé, Xavier Bertrand. C’est une invitation pressante à la prohibition. Chabalier raisonne en alcoolique car, comme il le dit lui-même, un ancien alcoolique n’est pas un non-alcoolique, c’est un alcoolique qui ne boit plus. Provisoirement. Pour Hervé, tout verre de vin est mauvais car il le mènerait à la bouteille, puis à la caisse, puis à la cave, puis au cercueil. Il ne lui viendrait pas à l’esprit que nous n’avons pas ce problème là avec l’alcool. Que lorsque nous buvons une slivovica le matin, nous sommes au thé le soir. Que le vin arrose nos meilleures déjeuners de copains mais que l’eau ruisselle sur nos adorable dîners familiaux. Qu’un scotch chasse notre mélancolie mais que c’est le jus de pomme qui nous désaltère. Qu’une première bière est amusante mais qu’une seconde est rasoir. L’abstinence à laquelle par exaspération, Hervé veut nous réduire est indispensable à sa survie, mais pas à la notre. S’il a eu la faiblesse de se laisser ligoter par l’alcool au point d’être aujourd’hui condamné à la sobriété pour le restant de ses jours, il n’y a aucune raison pour que nous, qui avons su conserver notre liberté face à la boisson, nous devions matin, midi et soir baigner notre bouche heureuse, notre langue délicate et notre palais sensible dans l’eau et uniquement dans l’eau. Il a du pain sur la planche, Hervé. Mais les anciens alcooliques ont de l’énergie à revendre. Exemple : George Bush. C’est pour quand, alors, le bombardement de la Syrie ? Ce n’est pas qu’on s’ennuie, mais George était sur les chapeaux de roue et là, il y a comme un ralentissement dans ses expéditions guerrières. Une sorte de manque d’agressivité. Je me demande s’il ne se saurait pas remis à boire . A la place de Barbara, j’inspecterais avec attention le bureau ovale, au cas où le président des Etats-Unis y planquerait des bouteilles. Passons, Première tâche de Chabalier : caviarder sévèrement l’Evangile. Parce qu’à Cana Jésus, il ne multiplie pas les bouteilles de Badoit. Et le soir de son arrestation, qu’est-ce qu’il sert à ses disciples ? Pas du Fanta, que je sache. Buvez-en tous, car ceci est de la menthe à l’eau. C’est bon, la menthe à l’eau , mais ça n’a pas jamais eu la couleur du sang. Du sang du Christ. Les gens qui boivent de l’eau vivent plus vieux que les gens qui boivent du vin, mais moi je ne veux pas vivre vieux dans un pays où les anciens alcooliques exigent que tout le monde boive de l’eau. Il y a un génie dans le vin et il est mauvais, comme tous les génies. Dans l’eau, il n’y a rien de mauvais, car il n’y a rien. "